Nos tutelles

CNRS

Rechercher




géosciences montpellier
université
de montpellier
campus triolet
cc060
place eugène bataillon
34095 montpellier cedex05
france

+33(0)4 67 14 36 02

Nom tutelle large
OREME

Accueil > Public-Presse > Histoire de la géologie à Monpellier

Paul de Rouville fondateur de l’école de géologie de Montpellier

Paul de Rouville fondateur de l'école de géologie de Montpellier

Paul de Rouville (dont le nom complet est Paul Gervais de Rouville) est né en 1823 dans une vieille famille protestante de Saint-Jean du Gard.

Il suit les enseignements de Marcel de Serres à la faculté des sciences de Montpellier où il prépare une thèse intitulée : "Description géologique des environs de Montpellier" soutenue en 1853 (visible à la BU Sciences). À la mort de son maître, il lui succède à la chaire de géologie de Montpellier en 1864, puis devient Doyen de la Faculté des Sciences entre 1879 et 1891.

Entre temps, il se marie en 1849 à Louise Brock, dont il aura trois enfants et sera veuf en 1877. Il prend sa retraite en 1894 mais continue son activité et publie un volumineux travail de synthèse sur la géologie de l’Hérault en 1896.

Il meurt en 1907 à l’âge de 84 ans dans la ville qu’il n’a jamais quittée, après avoir produit une somme de travaux scientifiques originaux, souvent visionnaires.

Ce précurseur a tracé la voie de ce que sera la recherche et l’enseignement de géologie à Montpellier.

Son oeuvre

Paul de Rouville se consacre d’abord à l’étude des environs de Montpellier. Dans sa thèse publiée en 1853, il réalise une carte géologique de la zone comprise entre Montpellier et le pic St Loup à l’échelle du 1/43200ème (sur fond de carte de Cassini, agrandie).

Cette carte en couleurs, peinte à la main, visible à la Bibliothèque Géosciences Montpellier, montre déjà les contours géologiques (proches des cartes modernes) et la stratigraphie mais ne présente aucun tracé de faille. Le découpage stratigraphique est basé sur la lithologie (calcaire moellon, poudingues supérieurs, …) et des reconnaissances de fossiles (couches à Spatangues). Il est intéressant de noter que ce découpage est corrélé avec les séries régionales ou internationales (Oxford clay) qui caractérise une constante dans l’approche de de Rouville : "Si, pour un moment, (le géologue) s’arrête aux descriptions locales, à l’étude des régions restreintes, ce n’est qu’à titre de pierres d’attente pour le grand édifice qu’il doit élever."

Lors de sa prise de fonction de la chaire de géologie en 1862, il prononce un hommage à Marcel de Serres puis une série de cours inauguraux qui révèlent son approche scientifique et sa vision de la géologie, très modernes.

Selon lui, la mission du géologue est de "reconnaître la structure du globe par l’étude de sa surface". Pour cela, il s’appuie sur un credo "se résumant dans un devoir unique, celui de l’observation", et une méthode : utiliser les déformations naturelles pour accéder, "sans creuser de puits" aux profondeurs de la Terre.

Il présente à ses étudiants la grande découverte du début du siècle - la stratigraphie - comme la panacée qui permettra de déchiffrer toute l’histoire de la Terre. "A ces deux grands faits — d’une part, l’existence de masses superposées, et de l’autre, la permanence de leur ordre de succession — vient s’en joindre un troisième : l’observation a constaté que chaque terrain recèle un ensemble de débris organiques animaux et végétaux pouvant servir de signe distinctif, et comme de numéro, au feuillet qui les contient."

Il y affirme la primauté de l’observation sur toute autre forme d’analyse, sans pour autant les rejeter : "Le géologue examine le sol, les éléments qui le composent, l’ordre dans lequel ils sont disposés, les débris de toute sorte, organiques et inorganiques, qui s’y trouvent… Il fait appel aux sciences d’observation comme la minéralogie, la zoologie et la botanique ; il invoque le secours de la chimie mais il ne s’appelle pour cela ni botaniste, ni chimiste, ni zoologue ; il étudie les masses minérales qui forment la charpente du globe ; avec le marteau, il en détache des fragments pour mieux en étudier les caractères intérieurs sous les altérations que les agents atmosphériques ont fait subir à la surface ; avec la boussole, il constate leur direction ; au moyen des divers agents d’analyse, il en sépare les éléments constitutifs ; mais boussole, marteau, réactifs ne sont que les instruments dont il se sert pour déchiffrer les pages écrites de la main même de la nature, avant qu’il songe à les réunir, à les mettre en œuvre et à composer l’histoire qu’il a reçu mission d’écrire."

Dans l’introduction à des travaux plus récents, il livre également ses idées sur l’utilité de la géologie et du géologue, qui paraissent étonnamment actuelles. Il évoque les besoins du cultivateur qui doit harmoniser ses cultures avec les ressources du sol, "la recherche d’eaux profondes, le tracé de routes et de chemins de fer... À cet intérêt d’ordre matériel... c’est notre planète elle-même dont (le géologue) met à jour la composition et la structure."

Paul de Rouville publie en 1876 une Esquisse d’une Carte Géologique de l’Hérault .

Dans ses carnets de voyages publiés en 1821, le dessinateur J. Amelin avait proposé la première carte géologique de l’Hérault aux contours assez fantaisistes. Cependant, la carte géologique par de Rouville est bien la première digne de ce nom : la synthèse des contours et les attributions stratigraphiques à l’échelle du département ont longtemps fait référence. Cette "esquisse" est en fait la synthèse simplifiée des quatre cartes au 1/80 000e (arrondissements de Montpellier, Lodève, Béziers, St Pons) publiées en 1876 et visibles à la bibliothèque Géosciences. Le tracé et le découpage stratigraphique ont été grandement améliorés depuis la première carte de sa thèse, mais aucune faille n’est encore figurée.

Paul de Rouville bénéficiait de l’aide experte de collaborateurs dans ses recherches sur le terrain. Il reconnaissait cette assistance en portant le nom des auteurs des observations, coupes et cartes publiées dans son "Atlas". Lors de sa soutenance de thèse, il avait été "gourmandé" par le Professeur Leymerie (de Toulouse… déjà la compétition géologique entre les deux universités !) sur la piètre qualité de ses dessins. Aussi Paul de Rouville s’entoura-t-il de bons dessinateurs. Collot et Maurice Viguier (d’abord étudiants ensuite préparateurs à la faculté en "Histoire Naturelle" puis en "Géologie", Torcapel ingénieur de la Cie des chemins de fer PLM (sur la Vis et la haute vallée de l’Hérault, devenu par la suite spécialiste de l’Urgonien du Languedoc), Munier (un érudit local, spécialiste de la "Gardéole" de Frontignan et du Bassin de Gigean).

Vers la fin de sa carrière, le conseil général de l’Hérault lui commande une synthèse sur la géologie du département. Paul de Rouville synthétise alors l’essentiel de ses recherches pour publier en 1896 cette somme : L’ Hérault géologique .

Un dessin vaut mille mots

Il choisit de présenter l’étude sous forme d’un livre agrémenté de quelques figures et de deux planches en couleur, comme la plupart de ses contemporains, mais lui adjoint un Atlas d’anatomie stratigraphique du territoire de l’Hérault de dessins, croquis, coupes et cartes en deux volumes de près de 150 planches, en grand format (32 x 25cm) ! Il met ainsi en avant un principe qui a - depuis -prévalu en géologie : un dessin vaut mille mots.

Il donne dans son ouvrage d’une carte synthétique du département accompagnée de trois coupes générales.


L’Atlas d’anatomie stratigraphique du territoire de l’Hérault est divisé en une première section : Anatomie stratigraphique spéciale et une deuxième section : Anatomie Stratigraphique Régionale .

La variété des représentations graphiques et des échelles utilisées dans l’Atlas est exceptionnelle :

- Panoramas géologiques pour lesquels on note souvent une certaine difficulté à représenter les plans successifs du paysage. Celui de la face nord du pic St Loup vue vers l’Est reste un des meilleurs. On s’étonne qu’avec de telles observations, de Rouville n’ait pas introduit les chevauchements permettant de rendre compte de la disposition des terrains et de leur pendage.


- Croquis d’observation d’affleurements représentés en coupes schématiques : celui de l’affleurement de Pliocène près de Pézenas est particulièrement émouvant car sont parfaitement représentés là la surface d’érosion messinienne entaillant les molasses du Miocène et le remplissage en on-lap de la paléo-vallée par les argiles puis les conglomérats fluviatiles du Pliocène. L’observation est complète mais il aura fallu plus d’un siècle pour en comprendre le sens !


- Logs litho-stratigraphiques tels que celui du Trias (et de la base du Lias) de la région de Lodève. Si les unités lithologiques sont parfaitement identifiées, aucune indication sédimentologique n’est donnée.


- La série de "cartes de synthèse" de l’Hérault données à la fin de son Atlas sont remarquables de simplicité et de pertinence. L’exemple ci-dessus, montre à quel point de Rouville a intégré géologie, stratigraphie et géomorphologie. Pour la première fois, on donne une explication géologique aux paysages, aux pays et au relief, pour les quatre zones du département. Cette vision est toujours d’actualité.

Visiblement, Paul de Rouville a des problèmes avec la tectonique ! Il semble cependant s’adapter à la réalité des déformations tectoniques petit à petit, au cours de sa longue carrière. Il ne représente jamais les failles en carte, même dans ses dernières productions. Pourtant, les failles "inverse ou d’affaissement" sont mentionnées dans les textes et parfois représentées dans les coupes.


Le chevauchement de Montpellier est représenté dans la coupe du Crès à Assas, avec un pendage sud mais la plupart des failles sont figurées verticales (voir les coupes générales en couleur).


Il accepte plus volontiers de représenter les plis, même s’il s’autorise certaines libertés dans les coupes de la Montagne Noire. Il est évident que l’observation déterminante dans son raisonnement tectonique est la succession stratigraphique, comme le montre bien son interprétation correcte de la structure inverse du Dévonien du pic de Vissous.

L’observation , l’analyse des objets naturels et l’intuition de la réalité géologique caractérisent l’œuvre de Paul de Rouville.

Cela en fait le véritable fondateur de l’école de géologie de Montpellier


sources consultées :

- de Rouville, P., La Géologie - sa place parmi les sciences - son objet : Discours prononcé à la Faculté des Sciences de Montpellier, 37 pp., Typographie de Boehm & Fils, Montpellier, 1862.

- de Rouville, P., Esquisse d’une Histoire de la Géologie - Leçon professée à la Faculté des Sciences de Montpellier le 27 novembre 1863, 30 pp., Boehm & Fils, Montpellier, 1863.

- de Rouville, P., Eloge historique de Marcel de Serres, 55 pp., Jean Martel Aîné, Montpellier, 1863.

- de Rouville, P., L’Hérault Géologique - Première Partie : Formation du Territoire, 148 pp., Imprimerie Ricard, Montpellier, 1896.

- de Rouville, P., L’Hérault Géologique - Deuxième Partie : Atlas d’Anatomie Stratigraphique du territoire de l’Hérault, 2 volumes, Montpellier, 1896.

© Michel Séranne, 20 Avril 2009.