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Taiwan et Montpellier : une collaboration sans faille

L’intérêt porté par les chercheurs de Géosciences Montpellier sur les questions géodynamiques à Taiwan date du début des années 90. Dix ans plus tôt, en 1981 très exactement, une délégation de géologues français : Jean Aubouin, Xavier Le Pichon et René Blanchet (tous trois académiciens) s’était rendue à Taiwan pour une mission exploratoire. Fascinés par l’objet géologique que constituait cette chaîne à peine mature - quelques millions d’années seulement d’existence - culminant à près de 4000 mètres d’altitude et se déformant à des vitesses mesurables d’une année à l’autre le long de certaines failles (e.g. 3 cm/an de "creeping" - i.e. glissement asismique - sur un des segments de la Faille de la Vallée Longitudinale), ils ont décidé d’encourager les travaux en collaboration. Jacques Angelier, alors Professeur à l’université Paris 6, y consacra une grande partie de son existence. Disparu en 2010, un musée lui est consacré là-bas !

Au début des années 90, Serge Lallemand, alors chercheur à Paris 6, fût chargé de développer le volet marin des explorations, à l’image de ce qui avait été fait au Japon quelques années plus tôt. Arrivé en 1993 à Montpellier, c’est tout naturellement que les missions se sont enchaînées, avec Jacques Malavieille dans un premier temps, puis avec de très nombreux autres collègues, ce qui eut pour conséquence de faire de Montpellier le laboratoire de géosciences ayant probablement cumulé le plus d’interactions avec Taiwan sur les deux dernières décennies. Calligraphie offerte par Kuo-Jen Chang, doctorant à Montpellier de 2002 à 2005. Réalisée par son frère artiste peintre, il y est écrit : Laboratoire Géosciences Montpellier.

En chiffres, la collaboration avec Taiwan, vu de Montpellier, se décline en dizaines de missions de terrain, une douzaine de campagnes océanographiques, deux projets ANR (ACTS et KUNSHEN), plusieurs symposiums internationaux, huit thèses soutenues1, deux stages terre/mer pour des promotions d’étudiants en master et des dizaines d’articles scientifiques, tous (ou presque) en collaboration avec des chercheurs taïwanais. Deux études récentes sont en passe d’être soumises : l’une au Geological Magazine sur les processus orogéniques à Taïwan, et l’autre à Geophysical Journal International sur l’apport d’une inversion conjointe sismologie-gravimétrie à l’imagerie de la zone de collision arc-continent.

Les projets et les échanges de chercheurs et d’étudiants sont encadrés par des conventions inter-universités et depuis 2002, par des programmes de coopération entre le CNRS, le Ministère de la Recherche et de la Technologie à Taiwan et les universités (PICS d’abord puis LIA depuis 2007). Seuls cinq LIA (Laboratoire International Associé) existent en Sciences de la Terre à l’échelle nationale dont celui auquel Géosciences Montpellier participe activement : le LIA D3E "de la Terre profonde aux évènements extrêmes". Démarré en 2016, il va être probablement renouvelé pour quatre ans en 2020. Ce LIA comprend 68 chercheurs français (dont 12 chercheurs permanents de GM) et 72 taïwanais qui collaborent dans de multiples projets allant de la sismologie profonde aux évènements extrêmes telluriques ou météorologiques, en passant par la formation des chaînes de montagnes et l’évolution du trait de côte. La collaboration est rythmée par des symposiums bilatéraux comme par exemple celui qui s’est tenu en septembre dernier à Taipei, ou le prochain qui aura lieu à Pau en octobre 2019.

En juin dernier, trois chercheurs de Géosciences Montpellier et une étudiante en master ont pu participer à trois semaines de campagne à bord du Marion Dufresne dans le cadre du projet EAGER (Extreme events Archived in GEological Records), initié cinq ans plus tôt suite aux travaux exploratoires en paléosismologie marine (ces derniers ont notamment été valorisés dans le cadre de la thèse en co-tutelle de Rémi Lehu).

Six languedociens frais débarqués à Kaoshiung après trois semaines en mer à bord du Marion Dufresne dans le cadre de la campagne EAGER autour de Taiwan et des îles japonaises des Ryukyus.

De gauche à droite : J-P. Degeai (ASM Univ. Paul Valéry), C. Guérin (Master GER), D. Bosch (GM), G. Ballas (GM), M-A. Bassetti (CEFREM, Perpignan), S. Lallemand (GM)

La campagne EAGER fût un succès total en termes de sites carottés – une trentaine au total – ,de qualité du matériel récolté et des perspectives qu’offrent l’exploitation de ces données en étroite collaboration avec les équipes taïwanaises et japonaises. Charlotte Guérin, alors étudiante en master 1 GER a pu embarquer et poursuivre l’expérience un mois de plus sur place en visitant différents laboratoires. Elle réalisera en 2019 son stage de master 2 qui portera sur des carottes prélevées dans l’avant-arc des Ryukyus et qui susceptibles d’avoir enregistré plusieurs évènements sismiques et tsunamis, dont celui de 1771 qui avait ravagé l’archipel.


1 Stéphane Dominguez 1998, Anne Deschamps 2001, Yvonne Font 2001, Kuo-Jen Chang 2005, Thomas Theunissen 2011, Rémi Lehu 2014, Lucie Campmas 2015, Fabien Rétif 2015