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Mission en Sicile : reconnaissance en milieu hostile

La Sicile est une région qui présente un intérêt scientifique exceptionnel car des processus géologiques variés interagissent à toutes les échelles de temps et d’espace, de l’asthénosphère à la surface, de l’Hercynien à l’actuel. Maxime Henriquet a débuté en septembre 2017 à Géosciences Montpellier une thèse co-dirigée par Stéphane Dominguez (GM) et Giovanni Barreca (Université de Catane) sur la tectonique active de la Sicile en lien avec la subduction-collision de l’Arc Calabro-Sicilien avec la marge Nord-Africaine. Une première mission de reconnaissance a été organisée pour explorer la partie Est de la Sicile et se familiariser avec son histoire géologique mouvementée. L’Etna et sa robe hivernale après la tempête...

Ce fut une épopée digne de l’odyssée d’Ulysse. Des cinq membres de GM qui devaient participer à la mission, nous en perdîmes un dès le départ, Jacques Malavieille ayant déclaré une grippe foudroyante. Trois jours plus tard, ce fut au tour de Stéphane Dominguez de rester cloué au lit 24h à Catane, puis le lendemain Matthieu Ferry subit le même sort mais pour cause de réaction allergique au gluten... Quant aux deux autres Maxime Henriquet et Christian Romano, ils s’en tirèrent avec une bonne bronchite virale. Un seul rescapé, notre collègue et guide Giovanni Barreca, sans doute protégé par l’abus de cafés ristretto. Malgré cette hécatombe, 2000 km en voiture et des conditions météo difficiles, la mission fut un succès.

Nous avons commencé par explorer l’extrême NE de la Sicile (monts Peloritains) où affleurent le socle hercynien, des séries flyschoïdes post-Oligocènes et des calcarénites Pliocènes. Ces roches sont les témoins de l’ouverture d’arrière-arc ayant conduit à la formation de la Méditerranée occidentale et de la migration vers le SE de lambeaux de la marge Eurasienne, ouverture induite par la subduction de la croûte océanique de la Thétys via un mécanisme de “slab roll-back“. Nous avons ensuite étudié la déformation autour du Mont Etna, guidés par Carmelo Monaco, volcanologue-tectonicien de Catane. Le plus grand volcan actif d’Europe se déforme sous l’effet de plusieurs types de contraintes, tectoniques et gravitaires liées au volcanisme éruptif lui-même, à un glissement gravitaire de son flanc Est vers la mer, ainsi qu’à l’activité tectonique et sismique de failles décrochantes dextres affectant également une grande partie de la mer Ionienne. Plus au sud, nous avons exploré le Plateau Hybléen, dont les reliefs, constitués des calcaires de la plateforme africaine soulevés et basculés, évoquent un bombement d’échelle crustale à mettre en relation d’une part avec une remontée locale de l’asthénophère visible en tomographie et d’autre part avec un volcanisme plio-pleistocène de type toléïtique et alcalin. Peut-être s’agit-il là d’un proto-Etna avorté dont l’origine du magmatisme serait tout aussi méconnue ?
Une hypothèse en cours d’étude par Maxime.

Nous avons ensuite suivi le front du prisme orogénique le long de la côté sud de la Sicile, visitant les champs de volcans de boue actifs près de Caltanissetta et surtout les traces des destructions laissées par les séismes à travers l’histoire depuis les magnifiques temples grecs d’Agrigento et de l’acropole de Selinunte (IVème siècle avant J-C) en passant par la ville fortifiée de Notto Antica (1693) et les villages fantômes de Poggioreale et Gibellina (1968).