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Retour de mission au Bhoutan

Après cinq jours de voyage, à braver la neige, le vertige et les bosses sur la route, Rodolphe Cattin, Matthieu Ferry, Stéphane Mazzotti et moi-même sommes arrivés au sud-est du Bhoutan, dans la région de Bangtar. Un des objectifs de cette mission était de cartographier en détail et de dater ces objets pour tenter de quantifier les mouvements tectoniques qui les avaient affectés et ainsi combler le manque de données dans cette région. L’étude des mouvements tectoniques par la géodésie a aussi montré que la déformation était partiellement accommodée par un glissement continu et asismique dans cette partie du pays. Un second objectif était de confirmer ces résultats en mesurant à nouveau les points GNSS qui montrent ce mouvement continu et d’en trouver les éventuelles signatures dans la géomorphologie. Fig. 1 : Carte de localisation régionale et cartographie géomorphologique simplifiée de la zone d’étude

Nos observations se sont concentrées sur un grand cône alluvial localisé dans la vallée est de Bangtar (Fig. 1 et 2). La surface de ce cône est aujourd’hui perchée entre 100 et 300 mètres au-dessus du lit de la rivière actuelle ce qui participe grandement à son gigantisme (Fig. 2). Fig. 2 : Panorama de la partie sud du cône vue depuis le Nord-Est. Le flanc Est du cône est visible dans la partie droite de la photo

Dans sa partie nord, le cône est recoupé par un escarpement de direction Sud-Ouest Nord-Est de plus de 120 mètres de haut (Fig. 1).
Ce qui est remarquable dans cette observation est le fait que cet escarpement coïncide exactement avec un contact tectonique que nous avons observé dans les deux vallées adjacentes et que nous avons identifié comme le Main Boundary Thrust (MBT), l’un des trois grands chevauchements de l’histoire himalayenne. Dans la vallée à l’Est du cône, nous avons observé une zone de déformation entre des dépôts alluviaux récents et la succession du Gondwana (Fig. 3) qui suggère une activité relativement récente (<100ka) voire qui perdure encore aujourd’hui, ce qui serait inédit le long de l’arc. Fig. 3 : Zone de déformation correspondant au MBT mettant en contact des sédiments alluviaux récents et la succession du Gondwana

Pour confirmer notre hypothèse nous avons échantillonné deux profils 10Be dans des puits d’échantillonnage (Soil pits) (Fig. 4) afin de dater la surface du cône au-dessus et en-dessous de l’escarpement. Nous avons aussi instrumenté ce cône avec quatre points GNSS afin de vérifier si le mouvement continu observé par la géodésie pouvait finalement être accommodé par cette structure majeure. Fig. 4 : Log simplifié du puits d’échantillonnage dans la partie basse du cône alluvial où nous avons échantillonné en vue de dater le cône.

Sinon voilà quelques photos pour la route : La vallée de Ura sous la neige à 3 200 mètres d’altitude, les vaches sont aussi zen que l’endroit dans lequel elles vivent. Guru Rinpoché veille sur les voyageurs qui passent par le col de Trumshing La situé à 3 800 mètres. Changement de climat à proximité du front de la chaîne, la jungle est là ! (800 mètres d’altitude). Vérification d’une des antennes GNSS par Stéphane Mazzotti dans la vallée de Bangtar, toujours sous l’œil critique du chef de mission. Qu’est ce qui se trouve dans les hautes herbes ? Ah, un troupeau d’éléphants, ça va bien se passer !

Timothée Sassolas-Serrayet


Le bulletin du laboratoire Géosciences Montpellier n°17 - mars/avril 2019