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Quand le manteau remonte à fleur de Terre en Sibérie

Communiqué de presse CNRS/INSU

kondyor (googleearth) Sur le site de la NASA, le spectaculaire cratère de Kondyor était interprété comme un impact de météorite. Les études menées depuis montrent qu’en fait Kondyor serait l’apex d’un "diapir" de manteau lequel, à l’état solide, aurait traversé la lithosphère et atteint la surface.

Sur notre planète Terre où les mouvements essentiellement horizontaux de la tectonique des plaques gouvernent bien des choses, ce phénomène fait un peu figure d’intrus, renvoyant à des objets que l’on imagine plus volontiers sur d’autres planètes telluriques comme Vénus. C’est Alexander Efimov, un collègue russe, qui avait attiré notre attention sur le massif de Kondyor, il y a une dizaine d’années. Après quelques travaux de géochimie nous avions, dans un article soumis à Geology, parlé de "l’impact d’un diapir translithosphérique à la surface de la Terre", papier refusé au motif que nous manquions d’arguments pour avancer une hypothèse aussi audacieuse. Il faut en effet savoir que Kondyor constitue un très riche gisement de platine et autres métaux précieux contenant d’énormes "pépites" de minerais (plusieurs kg). Ce type de gisement a été décrit dans les années 60 aux Etats-Unis où l’on estimait qu’il dérivait de chambres magmatiques crustales.

L’interprétation que nous avancions se heurtait donc de plein fouet à ce modèle devenu classique. Nous n’étions pourtant pas les tout premiers à proposer l’hypothèse d’une montée mantellique de Kondyor : des auteurs Russes l’avaient précédemment suggéré. Mais c’était dans une revue en russe... non traduite !...

Nous avons donc entrepris d’étayer nos arguments. Associés à des collègues de l’ETH-Zürich, nous avons demandé des moyens à l’INSU dans le cadre du programme DyETI, organisé une campagne de terrain avec Jean-Pierre Burg et élaboré un modèle numérique de diapirisme translithosphérique (Taras Geria). A Géosciences Montpellier où trois DEA ont été impliqués, nous avons étudié en détail les microstructures, la pétrologie et la géochimie… Et un nouvel article a été soumis au Journal of Petrology dont le format permettait mieux d’exposer nos données et nos modèles, article définitivement accepté le 31 décembre.

On en retiendra essentiellement que les mouvements verticaux ne sont pas réservés au manteau convectif (panaches), mais que des instabilités mantelliques de "nième " ordre peuvent également traverser la lithosphère. C’est d’avoir atteint la surface (en soulevant en dôme les sédiments cornéifiés) qui rend Kondyor exceptionnel et spectaculaire. Mais sans atteindre la surface, de nombreux diapirs peuvent sans doute se former ainsi. Ils pourraient en particulier former les racines profondes des complexes annulaires (ce qui expliquerait les anomalies de gravité qui les caractérisent) et jouer ainsi un rôle considérable de pré-découpage de la lithosphère lors de certains rifting continentaux.

Pour en savoir plus, consultez l’article paru dans le web de l’INSU.


- Burg J.-P., Bodinier J.-L., Gerya T., Bedini R.-M., Boudier F., Dautria J.-M., Prikhodko V., Efimov A., Pupier E. and Balanec J.-L. : Translithospheric mantle diapirism : geological evidence and numerical modelling of the Kondyor zoned ultramafic complex (Russian Far-East) ; Journal of Petrology, 2009